Jack : hypothèses et fausses certitudes…

Sitôt que l’on se penche sur Jack l’Eventreur tois types d’informations viennent nous interpeller :

  • Le Mythe qui s’est construit dès 1888 grâce aux journaux , aux rumeurs, aux lettres anonymes puis grâce aux milliers d’ouvrages écrits sur le sujet ( études ou romans) , grâce aux films, à la BD, à la télévision, aux arts graphiques et même aux jeux video…
  • Les spéculations, intuitions, hypothèses tantôt inspirées tantôt très fantaisistes qui ont fini par devenir des « vérités » plus ou moins admises : le nombre de victimes de Jack ( on admet couramment les 5 victimes canoniques mais la police londinienne ajoute aussi Tabram et il existe au minimum 13 autres victimes potentiellement imputables à Jack dont une aux USA ! ) est l’un de ces postulats. Et bien évidemment il y a ces multiples ouvrages qui prétendent tous tenir la dernière pièce du puzzle mais se contentent de travailler exclusivement à charge sans enquêter aussi à décharge : c’est Sickert , à coup sûr, pour Patricia Cornwell, Mac Naugthen , avec la même assurance, pour Sophie Herfort , Maybrick, William Gull, Kosminski… pour d’autres. Je ne dis pas que ces pistes soient sans intérêt même si je tends à sourire quand on tente de découper les pièces de puzzle avec des ciseaux pour les faires entrer dans une case. A mes yeux une hypothèse reste une hypothèse, même passionnante, tant qu’on ne l’a pas prouvée de manière irréfutable , c’est ma manie de professeur chercheur curieux souvent fantaisiste mais pragmatique.
  • Enfin, il y a les données objectives et dans le cas de Jack, il n’y en a pas tant que cela : les dossiers d’autopsie qui sont parfois contradictoires … les procès verbaux d’enquêtes mais beaucoup ont disparu, les témoignages humains mais il y en a fort peu ( à peine qatre potentiellement exploitables pour les cinq cas canoniques plus Tabram ) et l’on sait bien en criminologie toute la fragilité du témoignage humain … justement parce qu’il est humain ! Très peu d’éléments tangibles donc car il faut reconnaître que les méthodes d’investigation de 1888 relèvent moins de Sherlock Holmes et d’hercule Poirot que de l’inspecteur Clouzot: les policiers ne sont pas formés à l’investigation criminelle, bien souvent les corps sont enlevés par la morgue avant l’arrivée des enquêteurs gradés, pas de photos des scènes de crimes ( sauf pour Kelly), aucune reconstitution in situ afin de comprendre le mode opératoire, les seuls croquis des scènes de crime sont ceux griffonnés par certains legistes mais ils restent sommaires et se focalisent sur les corps. Or dans le cas d’Eddowes et Chapman il ya a des mises en scènes des objets personnels qui sont interessantes. Dans le cas de kelly quelques clichés du corps dans sa globalité mais pas des organes placés sous les pieds ou la tête à la manière de petits « oreillers » , pas de photos de la chambre, de la cheminée, de la chaise… On est encore loin évidemment de la dactyloscopie (empreintes digitales) qui ne sera explotée qu’au début du XXe siècle. Pas encore de prise de température des corps pour évaluer l’heure de la mort, pas de prise en compte des pétéchies et des projections de sang… Bref , à l’époque, un enquêteur ne dispose que de peu d’outils : le témoignage humain, la dénonciation, le flagrant délit… ou la chance ! Aujourd’hui, prétendre éclaircir , objectivement, le mystère avec l’aide de la science moderne n’est guère pertinent comme on l’a vu avec l’histoire de l’adn sur le prétendu châle d’Eddowes : objets mal conservés, manipulés sans précautions, adn tronqué ou corrompu , source des pièce peu fiable … Pour le moment les données objectives exploitables sont assez limitées et il est peu probable ( mais toujours possible) qu’une pièce du puzzle providentielle apparaisse au fond d’un tiroir.

    Bref, pour le chercheur la seule façon d’avancer consiste à regarder là où peu de gens voire personne n’a regardé : le mode opératoire par exemple est plus intéressant que l’identité de Jack : qui se souvient que Chapman, Eddowes et Stride ont été égorgées de dos avant pour Eddowes et Chapman d’être charcutées. Kelly a été égorgée de face pour sa part et directement sur le lit allongée alors que toutes les autres ont été tuées debout. Que peut-on en tirer ? Quand Chapman et Eddowes ont été éventrées comment Jack a-t-il fait pour y voir clair afin de prélever des organes ( toutes les scènes de crimes sont très obscures et isolées) ? Même un barbier ou un chirurgien a besoin de lumière pour opérer… Comment Jack a-t-il choisi ses victimes ? Au hasard ou après les avoir repérées ? A-t-on suivi la piste maritime ( celle d’un marin ou d’un militaire sur bateau) ? Pourquoi toutes les victimes ont été agressées dans la rue mais Tabram sur un palier d’immeuble et Kelly dans sa chambre ( Comme Carrie Brown aux USA) . Y -a-t-il dautres crimes analogues après Kelly ailleurs en Europe ou dans le monde ( on m’a parlé de prostituées égorgées et éventrées au Nicaragua et en Jamaïque en 1889-1890 mais il faudrait vérifier sur place… )

Ci dessous un croquis de Catherine Eddowes fait par le légiste

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