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De Jack l’Eventreur à Xavier Dupont de Ligonnès…

C’est l’histoire d’un homme qui cherche ses clefs sous un réverbère . Un autre homme s’approche et lui demande ce qu’il fait là.

– Je cherche mes clefs qui sont tombées par terre mais je ne parviens pas à les retrouver.

– Je vais vous aider, dit le nouveau venu.

Mais au bout de 30 minutes de recherches le deuxième homme s’étonne.

– Non vraiment, je ne comprends pas. Vous êtes sûr que vous avez perdu vos clefs ici ?

– Ben non, répond le premier homme, je les ai perdues dans ma rue, mais dans ma rue, il n’y a pas de réverbère…

Cette histoire que j’aime bien a souvent servi d’illustration à mes étudiants , à L’INSEE , quand nous nous heurtions à un problème de synthèse vraiment complexe. Il faut changer de point de vue, ne pas hésiter à regarder là où personne ne regarde, par habitude ou par facilité.

Et en matière criminelle , cela peut permettre de résoudre bien des énigmes, comme le ferait Sherlock Holmes, en fait.

Les deux exemples que je vais vous donner maintenant sont aussi symboliques l’un que l’autre de cet acharnement à chercher des clefs loin de l’endroit où elles se trouvent .

Blind man’s buff (« Clin Maillard »), une caricature de John Tenniel parue dans l’édition du 12 septembre 1888 du magazine Punch. Elle critiquait l’incompétence présumée de la police. Des radicaux affirmèrent que l’institution était « inepte et mal gérée » à cause de son incapacité à capturer l’un des tueurs.

Tout d’abord , parlons de Jack L’éventreur. En octobre 1888 , cinq prostituées, au moins, sont agressées, la nuit, dans les ruelles mal famées du Whitechapel à Londres. D’emblée on cherche du côté des Juifs, très nombreux dans le quartier, sur fond d’antisémitisme rampant : en vain. Du coup on s’acharne de tous les côtés avec les moyens de l’époque , mais les victimes s’accumulent avec un mode opératoire où l’éventration et le prélèvement d’organes interviennent dans trois cas sur cinq. Mais Jack ne sera jamais retrouvé et aujourd’hui encore cette histoire passionne des milliers de « ripperologues » amateurs partout dans le monde. Pour tout le monde , l’obsession est la même: QUI était Jack l’éventreur , un prince de sang royal ? Un chirurgien fou ? un policier ? Un peintre célèbre ? Et pour faire entrer leurs pièces favorites dans le puzzle, tous ces enquêteurs en herbe élaborent les théories les plus folles au risque de découper les indices dans le sens qui les arrange…

Mais le mystère demeure entier.

Regardons le autrement. Toutes les victimes ont été agressées de nuit, dans des coins obscurs ( sauf une qui a été éventrée chez elle) . Une simple reconstitution permet alors de se poser une question simple : comment Jack a-t-il procédé concrètement ? Si je me réfère aux dossiers d’autopsie toutes les victimes ( sauf la dernière) on été égorgées de dos puis éventrées au sol. Égorger de dos dans le noir n’est une difficulté en soi : cela s’apprend dans la rue ou dans les formations de para commandos . Mais c’est tout autre chose que de prélever des organes sur un corps éventré au sol. Là il faut de la lumière. Quand il n’y a ni réverbère ni lumière ambiante, il faut une lanterne. Sauf que les lanternes de 1888 alimentées par une chandelle , plus rarement à l’huile, éclaire peu et de manière diffuse et là se pose un nouveau problème comment puis je à la fois tenir une lanterne au dessus d’un cadavre et prélever des organes au couteau ? Pour ce faire, il faut nécessairement TROIS mains : une pour tenir la lanterne et deux pour opérer le cadavre . Aucune autre possibilité. Qui dit trois mains dit DEUX Jacks et non pas un. Et voilà comment dès le début on s’est égaré sous le réverbère, en cherchant un seul tueur en série et non pas une équipe criminelle.

L’autre exemple que je vais citer est tout aussi intéressant : L’affaire Dupont de Ligonnès. Là, toute le monde s’obstine à chercher Où se trouve l’assassin mythomane de toute une famille . Comme il a passé un permis bateau très inutilement, semble-t-il, on le cherche au bout du monde, en Asie, au Brésil… Dans cette affaire, le qui et le comment ne posent pas de problèmes. Le pourquoi est sans doute complexe: un homme pris dans les ronces de ses mensonges , le poids d’une mère gourou de secte familiale, des problèmes financiers , un homme pris au piège de sa mythomanie … La scène de crime se situe à Nantes, XDDL disparaît au matin avec ce qui ressemble à une carabine, dans une housse, à Roquebrune sur Argens. Voilà les données du problème .
Comment puis-je regarder les choses autrement ? Peu importe en fait de savoir où se trouve l’homme : C’est le réverbère. Moi ce qui m’intéresse ce sont les deux lieux ( les deux points de départ en fait et non un point de départ et un point d’arrivée) : Nantes et Roquebrune sur Argens et il y a aussi ce fameux permis de navigation totalement « inutile ».
Nantes se trouve sur l’estuaire de la Loire : on y trouve pléthore de marchands de bateaux . Mais surtout Roquebrune sur Argens se trouve légèrement au-delà de Marseille , non loin d’Avignon, que je puis gagner en suivant la Durance, et d’où je puis aisément embarquer sur le Rhône – véritable autoroute fluviale- . De là je pourrai remonter la Saône, le canal Rhin Rhône qui m’emmènera à l’Est vers l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie .

Sur les canaux , pas de contrôle routier , pas de risque d’être reconnu, je mange, je dors, je vogue à bord de mon bateau, très tranquillement . pas de voisin ou d’hôtelier pour me reconnaître surtout si je me laisse pousser la barbe et que je troque mes lunettes pour des ray ban. Aujourd’hui la plupart des écluses d’Europe se contrôlent du bateau avec une télécommande . Alors, certes, je vogue à quinze à l’heure mais sur un réseau totalement inconnu du grand public . Pas de caméra , pas de contrôle de douane ni de gendarmerie jusqu’à Budapest où je pourrai aisément revendre ce bateau pour un autre, me procurer des faux papiers et surtout me faire refaire une beauté grâce aux dizaines de cliniques de chirurgie esthétique hongroises où l’on n’est pas trop regardant tant que je paie …
Ce qui est amusant en filant via les voies fluviales et les canaux, c’est la stratégie de « misdirection » chère aux prestidigitateurs ( J’agite le foulard dans la main gauche tandis que je vous pique votre montre de la main droite ) : dans une petite ville touristique comme Roquebrune le regard file inévitablement vers la mer , tout laisse supposer que vous prendrez le large, ou que vous vous perdrez dans les montagnes pas que vous retournerez vers l’intérieur des terres vers le Rhône par Avignon ou Marseille. Mais l’itinéraire qu’a suivi le fuyard auparavant longe complaisamment le canal de la Garonne puis le canal du midi et enfin le canal du Rhône à Sète et c’est le clin d’œil discret du magicien au public. Peu importe où Dupont de Ligonnès a embarqué en fait, ce qui est amusant c’est la manière dont il nous a menés en bateau.

Et voilà comment, en regardant autrement, on peut trouver bien des clés …

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Benoit Chavaneau a partagé un souvenir.

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il y a 2 ans

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